La Poste retire progressivement ses boîtes aux lettres de rue depuis le 1er février 2025. En moins d’un an, plus de 6 300 boîtes ont été supprimées, soit environ 25 par jour et plus de 5 % d’un parc qui comptait 122 000 boîtes en 2024. Dans certains départements ruraux, la baisse dépasse 10 %. Ces suppressions avaient été annoncées en 2024, après une étude de La Poste sur 103 000 boîtes. Selon Maire-info, elle montrait que 64 % d’entre elles recevaient moins de 5 lettres par jour, et 49 % moins de 2.
Une logique comptable difficile à contester
Le courrier envoyé en France est passé de 18 milliards de plis en 2008 à environ 5 milliards aujourd’hui, et les projections le placent sous les 3 milliards d’ici 2030. Plus de 95 % du courrier confié à La Poste vient par ailleurs des entreprises. Interrogée par Le Monde le 5 novembre 2025, La Poste expliquait : “Nous avons plein de boîtes qui reçoivent moins d’une lettre par jour. Il arrive donc qu’on en supprime. Mais La Poste travaille à maintenir un réseau suffisamment dense, y compris en milieu rural, même si l’habitat est disséminé.”
La méthode a en revanche fait réagir les élus. Au printemps 2025, plusieurs maires ont appris par la presse régionale ou sur le terrain que leurs boîtes allaient disparaître. À Moriat, dans le Puy-de-Dôme, une commune de moins de 400 habitants, le maire Denis Legendre a découvert une étiquette “HS” collée sur l’une de ses boîtes, et La Poste voulait en retirer deux sur trois, mais le projet y a finalement été suspendu. À Servigny-lès-Sainte-Barbe, en Moselle, trois boîtes sur quatre ont disparu d’un coup, et le maire de Corberon, en Côte-d’Or, a demandé la réinstallation des trois boîtes retirées dans sa commune. En Bretagne, Yann Godet, maire de Plouër-sur-Rance, a déclaré au Monde que “c’est le consentement à l’impôt qui est en jeu”, et France Jéhan, de la CGT-FAPT des Côtes-d’Armor, a parlé d’une décision “vraiment cynique”.
Ce qui prend officiellement le relais
Quand une boîte est retirée, le dépôt du courrier est renvoyé vers le bureau de poste, l’agence postale communale ou le commerçant partenaire le plus proche. La Poste doit légalement maintenir 17 000 points de contact sur le territoire. Pour les personnes âgées ou peu mobiles, le service Allo Facteur, au 3631, permet de faire relever son courrier à domicile par le facteur le lendemain, gratuitement, mais il reste peu connu. À Moriat, La Poste a aussi proposé une carte magnétique que les habitants posent sur leur propre boîte aux lettres pour signaler au facteur qu’il y a du courrier à prendre. Un habitant cité par Le Monde craignait que “ces pauvres facteurs” perdent “du temps à surveiller les cartes”.
Ces solutions supposent une voiture, une connexion Internet ou une autonomie que tous les habitants n’ont pas. Dans certaines communes, une boîte située à 200 mètres a été remplacée par un point de dépôt à 8 kilomètres.
Aucune règle ne protège les boîtes aux lettres
La loi fixe une densité minimale pour les points de contact de La Poste, mais aucune pour les boîtes aux lettres. La Poste peut donc en retirer une sans consultation, sans seuil minimum et sans recours prévu pour la commune. En réponse à une question au Sénat, François Bayrou, alors Premier ministre, avait indiqué que chaque retrait devait se faire “en concertation avec le maire”. En novembre 2025, le député Bastien Lachaud (LFI) a demandé au gouvernement d’encadrer ces suppressions par la loi, et la réponse publiée en février 2026 renvoyait aux solutions existantes, sans fixer de minimum.
Le contrat de présence postale territoriale, financé à hauteur de 174 millions d’euros par an, devait se terminer fin 2025. Il a été prolongé jusqu’à fin 2026, faute de président à la tête du groupe à l’été 2025, après le départ de Philippe Wahl en juin. Le 23 septembre 2026, Mediapart a révélé que La Poste envisageait de transformer entre 441 et 471 bureaux de poste en points relais en 2027. La Poste a répondu que “ce n’est pas une liste de fermeture de bureaux, mais une liste de discussion et de travail avec les élus locaux”. Le groupe a déjà fermé 1 500 bureaux de poste en neuf ans.